SEB et le foodle : la révolte des Digital Mums

By Benjamin Rosoor • In Non classé6 Comments
Mike Licht, NotionsCapital.com, after J. Howard Miller

Mike Licht, NotionsCapital.com, after J. Howard Miller

Le Foodle (Un classeur de recettes sous forme de tablette numérique ), édité par SEB vient d’être stoppé net par une bronca des blogueuses culinaires qui ont découvert que ce classeur 2.0, sous couvert de partage par les internautes, utilisait leurs recettes. Les textes étaient publiés en totalité, leurs photos aussi, parfois recadrées (pour retirer la signature graphique), voire inter-changées… Et le tout sans lien, simplement avec une mention de la source

Toujours facile d’analyser après coup une problématique d’e-réputation, toutefois, cette situation, (ndr. j’ai pu la vivre en partie « de l’intérieur » côté blogueuses), collectionne les dysfonctionnements, attitudes, comportements qui augmentent sensiblement les risques d’e-réputation.

1. Les blogueuses culinaires : une communauté forte.

Elles ont une belle audience et sont hyper réactives. C’est d’ailleurs pour cela que les marques adorent les faire travailler. Mais elles sont aussi très attachées à la reconnaissance de leur travail (et c’est bien normal), que ce soit en rémunération ou en valorisation (signature notamment). Elles sont très au fait de leur valeur (amusez-vous donc à leur proposer un échange de lien avec votre blog de seconde zone ;)) et savent aussi que leur richesse se trouve dans leurs contenus : textes et photos (surtout).

2. SEB a monté un projet bizarrement « hors sol ».
L’industriel connait bien les blogueuses culinaires. Il travaille souvent avec elles, par exemple au salon du blog culinaire. C’était à la mi-novembre dernier à Soissons. Le Foodle (avec peu de recettes visiblement) a d’ailleurs été présenté à ce moment là. Et pourtant, les porteurs du projet n’ont pas imaginé une seconde qu’ils pourraient avoir des soucis avec cette communauté…
Ce projet « communautaire » de marque est évidemment magnifique sur le papier. On va surfer sur deux tendances considérées comme lourdes par tous les instituts : le partage (co-création) et les tablettes (le cadeau de Noël des enfants). Oui mais…dans la vraie vie du web, on sait maintenant depuis quelques années que les communautés de marques ne fonctionnent pas bien. L’UGC (le contenu produit par l’utilisateur) revient cher, le gentil internaute qui poste son contenu pour la gloire…c’était avant. Même les concours de recettes avec un iPad ou une plancha à la clef ne marchent plus (demandez donc aux blogueuses culinaires).

3. Projet programmé, projet lancé…par tous les moyens
Dans un projet communautaire UGC, puisque c’est l’internaute qui doit s’y coller, le coût du contenu n’est pas prévu ou faible. Donc, dans ce cas précis, puisque le volume de recettes n’est pas au rendez-vous, on trouve des petites mains pour s’y coller. Cela tombe bien,  on va pouvoir coupler cette affaire avec un projet de communication interne : les salariés vont partager leurs recettes préférées. Et ensuite se faire passer pour les amateurs de cuisine lambda. (On ne sait pas si c’était prévu ça).

4. Droit et usage méconnus
Une entreprise comme SEB est assez structurée pour bénéficier des conseils d’un juriste. La publication complète de contenus trouvés sur le site d’un blogueur (ou autre) sans lien en retour a dû être validée. Je ne vois toutefois pas bien comment, notamment en ce qui concerne les photos mais soit ! Admettons que c’est autorisé et juridiquement validé.
Mais l’absence de lien en retour ? Sincèrement, n’importe quel internaute sait que c’est l’usage de base d’Internet : le lien, c’est l’origine, le fondement, le coeur, l’esprit. Facebook permet la publication de contenus extérieurs…mais uniquement le titre, quelques lignes et retour chez l’auteur. Pinterest aussi, Google+…Tous !

5. Les digital mums ne sont pas des cruches
C’est à mon avis la plus grosse erreur de l’industriel. Il n’a pas entendu le désarroi des blogueuses qui passent leurs journées à bosser pour produire des contenus, qui sont pillés en permanence sous couvert de « les recettes c’est libre de droit » ; elles retrouvent leurs photos sur des centaines de fermes de contenus plus ou moins pas respectables.

Et en plus là, cela vient d’un ami de leur cuisine, un fournisseur de matériel en qui elles ont toute confiance. On est proche d’un sentiment de trahison. Et surtout, si elles laissent faire, c’est la porte ouverte à tous les abus.

La réponse de l’éditeur du Foodle a été très juridique et technique. En substance, nous sommes dans notre bon droit, nous allons améliorer le système puisque vous n’arrivez pas à signaler simplement l’usage de vos contenus…Puis, pour tenter de reprendre la main, une réunion est organisée, c’était cet après-midi. On a pu la suivre sur Twitter. Autour de la table et au téléphone : des blogueuses, des représentants de SEB et des gros éditeurs de sites de recettes. Résultat : SEB s’engage à retirer toutes les recettes. Et va sans doute prévoir pour la version 2 de son site communautaire un partage avec des contenus limités à  : un titre, quelques lignes et un lien vers le site de l’auteur. Ou comment repartir sur de bonnes bases…mais avec un boulet aux pieds quand même.

About Benjamin Rosoor Spécialiste e-réputation et gestion de la conversation sur les réseaux sociaux. Auteur de l'ouvrage : Agir sur l'e-réputation de l'entreprise. ed. Eyrolles.Mai 2012. Dirigeant -fondateur de l'Agence Web Report (depuis 1999). Ancien journaliste radio (RMC- 1988/98). Formateur eréputation / community management : Benchmark Group / Master CM Inseec / etc.

6 Comments

  1. halte au plagiat culinaire 6 février 2013 21 h 39 min

    Nos membres ont dû battailler dur pour en arriver à ça mais en s’unissant on est plus fort …

  2. sherazade 6 février 2013 21 h 53 min

    Je suis fière d’appartenir à cette communauté qu’est la blogosphère culinaire, je n’ai pris connaissance de cette affaire que depuis peu, et je suis plus ce que scandalisée. Au nom du partage, on peut tout se permettre maintenant!!! et non ça ne se passe pas comme ça ???
    J’imagine que tu était de la partie autour de cette table de négociation, pour défendre rous les bloggeures, et bien merci , mille merci pour avoir tenu tête et avoir eu ce gain de cause,
    Sherazade

  3. Mel 6 février 2013 22 h 13 min

    Merci pour cet article ! J’ai suivi de loin le LT de Papilles aujourd’hui, ne connaissant pas les tenants et encore moins les aboutissants.
    C’est chose faite ;)
    DigitalMums power !

  4. pepitavignon 6 février 2013 23 h 05 min

    Merci!!!!
    Enfin un peu de reconnaissance pour notre communauté BRAVO !!!!

  5. Patrick 9 février 2013 11 h 41 min

    Bravo pour cet article, même si certains vont trouver un peu sexiste le raccourci sémantique des « digital mums » ! Les blogs culinaires sont certes majoritairement écrits par des femmes, mères de familles, mais avec le mariage pour tous, on voudrait nous pousser à enlever toute référence au genre, comme on dit ! Keskonsemarre…

    Pour prolonger du côté des industriels de l’agro-alimentaire, qui eux ne se soucient pas de piquer des recettes, j’ai écrit ceci à propos du scandale Findus dont les medias traditionnels font leurs choux gras :
    http://patrick3394.posterous.com/helas-il-y-eut-findus-naturellement-la-tracab
    (et j’en ai profité pour mentionner ton article).

  6. cuisineplurielle 10 février 2013 18 h 46 min

    Juste une petite précision : le Foodle n’a pas été présenté au dernier Salon du Blog culinaire de Soissons. C’était le Cookeo qui a été présenté. Je suis bien placée pour le savoir car il y a eu un défi culinaire avec le Cookeo, j’ai gagné et suis repartie avec un Cookeo. Attendons la suite du feuilleton Foodle dans les semaines qui viennent.